Je me souviens de ce rire, des larmes qui coulaient le long de ses joues, le souffle déjà manquant.

Je me souviens du bleu de ses yeux, pétillant, en colère parfois, mais jamais contre moi.

Je me souviens du rythme qu'il tapait sans cesse: les doigts sur la table, ou le pied qui suivait le tempo.

Je me souviens de ses silences. J'avais envie qu'il parle, qu'il me raconte. Alors je posais les questions et attendais. Il finissait toujours par me dire. Son enfance. Sa vie d'avant...

Il m'écrivait qu'il m'aimait et qu'il était fier. Mais ne le disait pas. Pourtant il était fier. Fier de la dernière.

Depuis j'ai oublié le son de sa voix. Ou je crois m'en souvenir mais c'est lointain.

Alors je me souviens de son odeur, mélange de tabac froid, de musc, d'épices. C'est pas joli à dire mais il était "poivré" mon Père.

Il était rêveur, fantasque, voulait tout mais ne faisait rien.  

Il était râleur, colérique, un brin moqueur.

Éternel insatisfait il est passé à côté.

A côté de nous, à côté de tout. 

Je lui avais promis que je ne serai pas triste, que je resterai forte et déterminée, que je profiterai de tout ce qu'il n'avait pas fait, que je me ferai aimé, que je vivrai mes rêves sans juste les laisser filer... Tout ça je l'ai fais.

Mais je ne lui avais pas promis que je ne pleurerai pas.

Ça fait 8 ans déjà qu'il me manque mon Papa...