Raiatéa est l'île après Tahiti où nous trouvons un semblant de centre ville, à Uturoa.
On y retrouve le Champion, à côté des Chinois (qui sont en masse en Polynésie), la Marina avec ces quelques bateaux, un marché local de fruit et d'artisanat, un dispensaire (où travaille le fameux cousin Bruno) une école, un collège...
Il y a tout pour y vivre sans trop de manque.
Nous avions reservés dans une pension pour quelques jours, et dès la posée des valoches on se rend compte que l'endroit est à l'abandon, les lits sont craspouilles, ça sent le moisi et la propriétaire des lieux n'est pas du tout concernée par notre arrivée. On y passera une seule nuit (durant laquelle le jardinier de la pension aura eu le loisir de nous traiter refusant sa compagnie forte imbibée... mais ce cher Monsieur n'est pas Polynésien, c'est un Popaa comme on apelle les "métros" ici, un Popaa from Bretagne... Un con de Breton!!  :-)
Nous quittons les lieux le lendemain matin avec une Suisse Italienne, que nous sortons de cet endroit sordide pour une pension bien plus agréable: Chez Yolande.

Yolande est une femme de caractère, elle a élevé ses 5 enfants seule (son mari est mort très jeune) elle a travaillé dans l'armée lors de la flambée du nucléaire, elle a su se faire respecter des hauts gradés. 
Elle ne s'est pas eternisée sur le sujet du nucléaire.
Assez tabou ici.
Certains savaient, d'autres pas.
Mais la plupart se sont fait acheter et il fallait bien manger comme ils disent. Là dessus la France a sa part de "grosse boulette" comme on va dire... No comment!
Yolande nous parle du gouvernement Polynésien, semblable au théâtre de Guignol, ça se donne des coups de batons, ça défie Gnafron, ça paye et ça fait taire à coup de biftons. 
Leur politique est corrompue de toute part. Sans oublier le problème majeur, qui est les terres en indivisons. Chaque terre ne peut, comme son nom l'indique, être divisée dans la famille. Un lopin peut appartenir à plus d'une centaine de personne, sans jamais espérer y construire sa maison.
Il n'y a pas de loi à ce sujet, l'Etat cherche, propose, mais rien ne satisfait.
Alors les iles se retrouvent inhabitées dans pleins de vallées et les jeunes ne peuvent plus devenir propriétaire de leur maison. Des jugements sans fin sont entamés, des arbres généalogiques à rallonge pour prouver que oui, je suis aussi dans la lignée de cette terre...donc non tu ne construiras point!
Yolande, elle, fait partie d'une famille puissante de Raiatéa.
L'adjoint au Maire, qui n'a pas osé refuser l'accord de la construction d'une porcherie dans la vallée est venu la voir pour que ce soit elle qui entame une pétition et qui fasse arrêter ce projet devastateur et surtout nauséabond.
Yolande est fière de son île, et fait tout pour la défendre et la rendre plus populaire.
A ce niveau, elle assiste à des forums, va à des débats et dénonce Air Tahiti de ne pas mettre en valeur Raiatéa dans les must à visiter.
La plupart des touristes viennent pour Bora. Qui d'après Yolande n'est pas une belle île, elle serait sale, et non accueillante.
Nous restons une semaine dans cette charmante pension, où on peut aller sur les motu (ilots non habités sur le lagon) en canoé.
On discute, ou plutôt on écoute Yolande.
Qui nous parle aussi de son "médicament", un mélange de plantes et de fougères, qu'elle prend pour tous ses maux. Elle nous offre un bout de gâteau à la banane par çi, des fruits de ses arbres par là, une confiture maison à la carambole... Elle nous amène à la ville si besoin...
Elle est vraiment chouette Yolande!

On fait également la rencontre de Bruno (le cousin) qui le temps d'une soirée, nous parle de ses 27ans passés ici, des ses rencontres, de ses réactions face à la vision qu'ont les Polynésiens sur la médecine, de ses découvertes... et non pas de ses attentes.
Parce que vivre ici demande d'oublier ce qu'il y a eu avant.
Se faire au rythme, qui peut être mouvementé, par l'importation de la malbouffe from USA qui s'est faite très vite, par la crise touristique qui fait chuter le commerce, (en partie dûe au monopole de Air Tahiti qui fait exploser les prix du billet) par les infrastructures qui s'implantent, par celles qui sont à l'abandon et qui dénaturent le paysage.
Parce qu'on ne doit pas se mettre en colère face à cette population qui fonce droit dans le mur, parce qu'il y a tout pour qu'il n'y ait pas rien justement.
Parce que le problème vient de plus haut, depuis si longtemps.
Il y a eu colonisation d'un peuple qui est pacifique, gentil au sens le plus noble du terme, qui vit dans une autre dimension que la nôtre (peu d'importance au futur) qui a tout donné, mais qui s'est fait berner. Ils ne sont toujours pas méfiants pour la plupart. 
Ils n'avaientt que très peu de besoin, ils s'autosuffisaient, jusqu'à l'invasion. Jusqu'au nucléaire. Jusqu'à la fin du nucléaire où la France s'est retirée d'un coup. Qui a arrêté de payer pour les faire taire... au moment où la crise économique a démarré...

Je ne vais pas refaire l'histoire, et je ne m'y connais pas assez pour en avoir la prétention, mais j'espère qu'il y aura d'autres Yolande pour se battre pour cette belle île, et d'autres Bruno pour apporter sa pierre à l'édifice.

Nous, nous ne sommes que de passage, on ne peut que s'imprégner sans rien espérer changer...