Il y a ceux qui sont hyper organisés et qui ne se feront jamais avoir pas les imprévus et il y a les autres.

Moi je fais partie des autres.

Le long périple qui m'attendait pour rentrer de mon île commençait mal.

Mes valises étaient bouclées, le casse-croûte fait, je m'étais remise de la dernière soirée,  j'avais même mes papiers.
Les consignes à l'Homme était donné : Bien manger, bien dormir. Ne pas trop faire la fête. Bien faire attention à fermer le bungalow et surtout ne pas aller trop loin quand il part chercher ses coquillages.
Sauf qu'à mon arrivée au quai le (dernier) bateau qui dessert l'aéroport était déjà partit... pas bien loin mais partit. 

A force de grands signes et de sourires une traitresse amie  a réussi à persuader le captain de revenir me chercher.
Faux départ raté!
On me porte mes valises, on m'offre un collier de coquillages, on me fait des bisous... et me voilà dans le bateau à voir Bora Bora s'éloigner.
Les quelques mois passés ici défilent en un temps record.
Tout va me manquer: le lagon, le calme, le sourire des gens... mon amoureux surtout.
Je m'accroche à lui telle une moule à son rocher, impossible de contrôler mes larmes. Je n'écoute pas un traître mot de ce qu'il me raconte... on reviendra blablabla...
M'en fous de Bora à ce moment là, c'est lui que je ne veux pas quitter.
En plus il pleure même pas lui.
- Doudou pourquoi tu pleures pas? 
- Je pleurerai tout seul. Pas devant toi.
- Mouais... T'es un dur toi. Un vrai!

Je vous épargne le moment fatidique de la séparation... 12h de décalage horaire, 28h de voyage et 20000kms vont nous séparer pendant 22 dodos!
Je sais 22 dodos c'est rien, mais on n'a jamais été séparé aussi longtemps.
D'ailleurs pourquoi je me jusitifie?
C'est si horrible de le quitter, je l'aime si tant de la vie de la galaxie alors pourquoi refouler les larmes hein??

Lui dire au revoir c'était comme si on m'arrachait un bout de moi.
Doudouuuu reviens j'suis pas finie sans toi!
(ouais même avec lui elle est pas finie la gamine!)

Après avoir parlé à Roger dans mon bracelet-radio-magique (notre fidèle pilote) pour savoir s'il est en forme et s'il est sûr que la météo est bonne je m'envole pour Tahiti.

Arrivée à Tahiti je fonce à la librairie pour m'acheter un magazine qui me permettra d'éviter de penser (sauf à la prochaine virée shopping qui m'attends) et je suis à 2 doigts de faire un scandale à la buraliste en voyant la collection hiver dans mon Cosmo!
Comment ça elle me vend un mag' de l'année dernière??? Voleuse! Remboursée!!
Sauf qu'il s'agit du mag' Ocobre 11... à Bora je venais juste d'avoir celui du mois de Juillet...
Comment j'ai dû en louper des choses depuis 1 an. 

Je vais passer mes 5heures d'attente à manger, fumer, téléphoner à mon Doux et surtout à regarder tout ces groupes qui viennent accompagner leurs proches.
Pas mal de jeunes partent faire leurs études en France et toute leur famille est là.
Chaque personne qui lui dit au revoir lui passe un collier autour du cou.
Sauf que chacun peut lui dire jusqu'à 10fois au revoir...
(Fais des colliers mon coeur!! L'Homme est devenu expert en conchyliologie et ne sait pas comment tout ramener.)
D'ailleurs ces jeunes quittent leur famille pour plus de 365 dodos et personne ne pleure.

Comment ils font bordel???

Dernière clope, dernier pipi. C'est partit.

Me voilà à nouveau en train de parler à Roger (sans passer pour une malade mentale ou une pro Al Qaïda c'est pas simple) pour le prochain vol jusqu'à Los Angeles.
Impossible de prendre un avion sans parler à Roger.
Les échelles, les chats noirs, les parapluies dans la maison ça passe, mais jamais au grand jamais décoller sans la prise de contact avec Roger!

Et c'est là où je sens que petit Bouddha (ne jamais parler d'Allah dans un avion en partance pour les Etats Unis. Encore moins un 12 septembre où la tention est palpable) veut me tenter puisqu'il m'accorde comme voisin d'avion un jeune homme qui a les yeux couleur lagon...
M'en fous j'préfère les yeux marrons cochon de mon Doux... mais quand même Merci Bouddha! 
Je ne peux m'empêcher de penser que c'est un signe et qu'on m'accorde un beau jeune homme parce qu'on va s'écraser.
Mais t'as beau avoir une belle gueule, quand tu t'écrases j'suis sûre que t'es moche!
Et en plus avoir un beau jeune homme en voisin ça sert à rien, je peux même pas m'étaler sur lui et encore moins laisser parler mes intestins qui s'activent sous la pressurisation de l'air.

Avec Doudou j'aurai pu lui fouttre mes pieds sur la tête et péter à ma guise au moins.

Neuf heures, 2 plateaux repas et 2 films plus tard me voilà à Los Angeles.
Sauf qu'il fait jour alors que dans ma tête il fait nuit mais qu'on est quand même le même jour que celui où je suis partie.
Je commençais déjà à m'embrouiller... c'était que le début.

Je passe toutes les douanes haut la main (pour une fois, ça se voit que l'arabe n'est pas avec moi) et je rencontre encore des gens qui m'aide à passer le temps.
Oui encore des gens masculins...

(AVIS A TOUTES LES CELIBATAIRES: allez vous promenez à Charles de Gaulle! Il y a moults beaux gosses dans les aéroports.)

Blabli blabla faisant me revoilà dans un autre avion. Pour Londres cette fois. 
Allo Rogeeeer??? Did you sleep well Roger? (Oui Roger et moi même sommes bilingues)

Roger est en forme. Moi un peu moins.
Comment se fait-il qu'on ait les cheveux qui graissent autant lors d'un vol?
Et le gros bouton là, je l'avais pas en partant?

Je suis sûre que Bouddha est là dessous pour éviter la tentation.
Parce que j'ai à nouveau un charmant jeune homme à côté de moi. Je suis bénie.
(C'est pas encore pour maintenant les gros prouts qui me tordent le bide... et j'ose pas lui dire de me laisser passer pour aller me lacher aux toilettes puisqu'après les cheveux gras et le bouton tout blanc, j'ai une haleine de poney!)

Dix heures trente, 2 plateaux repas et 4 films plus tard j'arrive à Londres.

Il fait froid, il fait bitume, il fait bruit. Il fait beaucoup trop de bruit.
Je me cogne dans les gens (parce qu'en plus de rouler à gauche, il marchent aussi à gauche??).
Grâce à mon sens de l'orientation inné et à mon bilinguisme j'arrive à trouver mon chemin pour le centre de Londres où une amie doit me récupérer, moi et ma sale tronche.
J'ai de la chance il ne pleut pas. 

Et c'est là où je pensais que ça se terminait. Que j'étais si prêt du but. Dans une douche, un dodo et un autre avion je serai à Tours. Chez moi. Dans la maison de mon Doudou.

Dans tes rêves petite! Rapelle toi que tu ne fais pas partie des gens organisés. Tu es les autres toi!
Comment dire?

Je suis tout simplement arrivée avec un jour de retard de ce que je pensais. Mercredi au lieu de Mardi en fait.

C'est à dire qu'après avoir foutu la trouille à tout le monde, après avoir déclenché à mon insu une alerte à la gare de Londres (la copine m'attendait depuis la veille) bah je me suis mis ma correspondance pour Tours bien profond. Si profond que je ne repars que Dimanche.

Putaiiiiiin Roger! Tu pouvais pas m'le dire ça??? 

Nan parce que c'est pas que j'ai un truc contre les bifsteacks mais bon je me l'étais pas envisagé comme ça mon retour.

Parce que la copine from London elle pouvait pas m'héberger jusqu'à dimanche.
Et va trouver des amis à Londres toi... bah moi j'en ai pas.

Mais la grande famille F***S***** a été là pour moi.
A des milliers de kilomètres il y aura toujours un parrain pour t'accueillir à bras ouverts.
Après quelques mois seulement tu fais partie du clan. A vie. 

C'est beau. 

Merci la vie. Merci F***S*****.

J'aurai pu en profiter pour aller m'éclater à Londres, sauf que dès que je sors un orteil de la grosse couette en plume d'oie mes lèvres deviennent violettes. Que je dors la journée et que je me réveille la nuit. Que j'ai peur des gens et du bruit. L'agoraphobie me pendait au nez je l'savais bordel!

Si j'arrive à enfiler toutes les fringues que j'ai dans ma valise, si je m'enroule dans mes paréos, si je mets des boules quiès et si je regarde mes pieds j'irai peut être faire un tour à Picadilly...  sauf si on m'enferme d'ici là!