Un pressentiment, rien qu'un tout petit doute qui te dit que non non non, tu ne monteras pas dans cet avion, parce qu'il y a eu un signe. Juste un ptit truc qui fait que tu le sais, tu le sens, ce sera ton tout dernier voyage. Le voyage du crash... du vas y qu'on coule en plein Atlantique ou qu'on explose en plein vol. Au choix.

Le signe ça a été une erreur sur ma carte d'embarquement. Rien de grave en soi, mais je pensais qu'avec toutes ces normes de sécurité on ne laissait pas passer quelqu'un avec une erreur colossale, que dis-je une erreur intersidérale, sur sa carte d'embarquement.
Mon nom et mon prénom correct.
L'heure et le numéro de vol correct.
Mon identité sexuelle... pas correcte!

Je suis, sur ce vol, Monsieur Soïzik P. Et à mon grand étonnement ça n'a choqué personne.
Je fais la queue, à défaut d'en avoir une, pour monter dans l'avion et là j'en informe une pote qui ne savait pas ô combien je pouvais être superstitieuse quand il s'agit de voler dans une machine qui est tout sauf un oiseau géant capable de porter 350 personnes. D'ailleurs le jour où les oiseaux se lanceront dans le transport d'humains je serai bien plus rassurée que de monter dans un avion. Mais passons.
Je révèle l'erreur, et c'est alors qu'elle me répond tout naturellement « Tiens c'est con, si on se vautre ils vont chercher un mec et là bah ça sera pas facile de t'identifier! »
Mon sang ne fait qu'un tour et je suis prise d'une envie incontrôlable de repousser mon départ. Sauf que, à moins de passer pour une psychotique névrosée, je n'ai guère le choix, je dois monter. Un petit coup de respiration ventrale... et ça repart.
Me voilà dans l'avion.
Comme à chaque fois avant de décoller je m'adresse à Roger (mon pilote perso imaginaire) à voix haute (mais pas trop pour pas passer pour une foldingue) dans mon micro magique imaginaire qui se trouve sur mon poignet gauche. C'est mon petit rituel anti-stress et impossible de décoller sans le faire.
Je lui demande s'il a passé une bonne nuit, s'il est en forme et s'il pouvait faire en sorte qu'on fasse un super vol. Je dois finir ce petit rituel par un bisou magique sur mon poignet et un « Je t'aime Roger ».
Sauf que là, y'a une hôtesse qui passe à côté de moi au moment précis du bisou magique et je ne peux aller jusqu'au bout. Miséricorde!
On ne coupe pas un rituel en deux. Il faut que ça file, que tout soit enchaîné, hyper raccord!!! Panique à bord!
Je me retrouve obligée de faire le bisou magique qu'une fois que cette dinde d'hôtesse se barre de ma rangée! Ça sent pas bon! Ha non non non. J'aime pas très bien ça du tout. Me revoilà à paniquer sévère.
Respiration ventrale... et ça repart.
Je tente de m'occuper en faisant des ptits tinouninou à Dinou (mon chat fils qui hait au plus haut point se retrouver dans un avion lui aussi, tu peux le lire ici).
Roger met les gaz et zou on décolle!

Même pas peur, enfin bien moins que Dinou qui se transforme en Roi de la jungle dans sa caisse.

Le vol se passe plutôt pas mal, jusqu'au moment où, au bout de 3 heures de vol, Roger prend le micro et va complètement pêter les plombs! Une femme s'est fait prendre à fumer dans les toilettes et Roger l'est hyper en colère.
Il nous dit qu'il faut 7 secondes pour qu'un avion explose en cas d'étincelle, qu'il en a rien à fouttre et que quitte à y passer il peut se la jouer en mode amerrissage et que dans ce cas on a aucune chance de survie parce qu'on est en plein milieu de l'Atlantique. Heu Roger t'es pas complètement barré de dire des choses pareilles??!
A quoi ça sert alors tout ces chalalas des hôtesses avec leur bouée et leur tuyaux d'oxygène?! C'est des mythos en fait c'est ça??! Vous faites tous croire qu'on pourra s'en sortir mais en fait vous le savez tous qu'il n'y a aucune chance??!
Haaaa Roger mythoooo! Encu** Roger!
Et moi en plus on pourra jamais m'identifier parce qu'ils vont chercher un mec et que moi j'ai pas de zizi bordel!
Et BAM me revoilà à hyper-ventiler... Respiration ventrale... et ça repart.
Roger t'es rien qu'un con d'abord et je t'aime plus mais là sur le coup je te le dis pas tant que tu m'auras pas redéposé sur le plancher des vaches! Et la prochaine qui se grille une clope dans les chiottes je la fais passer dans le trou d'évacuation!
C'est compris?

 Un signe, juste un signe qu'elle a dit la demoiselle? A ce stade c'est limite si c'est pas écrit sur grand écran qu'on va y passer. Parce que Roger qui dit haut et fort dans son micro que lui il est prêt à y passer ça prouve bien qu'en cas de ptits soucis technique il va pas faire de grands efforts pour nous sortir de là.

Put*** il fallait que je tombe sur un Roger hyper susceptible et pas super fan de la life... Jsuis deg...

Si j'te dis qu'une heure après j'ai encore cru y passer tu me crois?

Une heure après commencent des petites pertubations. Et ça j'aime vraiment pas du tout, du tout. Du tout.

Respiration ventrale... et ça repart pas du tout parce que là pour le coup ça secoue grave sa mémé dans les cocotiers et Roger reprend le micro. Il demande à l'équipage de bord de s'assoir et de s'attacher.
Ok là j'ai très si peur. Fais pas le con Roger, sors nous de là!!!
Et qui c'est que je vois assise en face de moi?
Et bah l'hôtesse qui m'avait coupé dans mon rituel du bisou magique! Jsuis à deux doigts de la traiter de tous les noms cette greluche et de lui hurler que tout ça c'est rien  que de sa faute, mais je suis bien trop occupée à enlever toutes mes fringues (coup de chaud de malade) et à essuyer mes mains qui pissent (j'ai jamais autant transpiré des mains).
Dinou quant à lui, se met à pisser tout court et je me retrouve pleine de son pipi sur les genoux, parce que pour le calmer je n'ai d'autres solutions que de mettre sa caisse sur mes genoux et de le caresser. Et ce, pendant les 8h de vol. Hyper pratique et confortable. Pour le coup je suis forcée de le mettre à mes pieds, et autant il ne supporte pas les vibrations des moteurs sous ses petites pattes autant il déteste se retrouver dans son pipi...
On continue à être secoué dans tous les sens et là je me fais une raison. Pour nous ça va être un sale moment à passer c'est sûr. Mais je sais que ça sera encore plus dur pour ma famille, mes amis... eux ils auront toute la vie pour avoir mal. Nous ça va aller vite....

C'est alors que Roger reprend la parole et nous dit qu'il a demandé l'autorisation pour aller encore un peu plus haut histoire de sortir de ce vent qui nous trimballe sévère.
Enfin moi, un vent qui fait bouger un avion c'est plus trop un vent mais une tornade mais bref. Si Roger il dit que là haut ça sera pas le vent et bah allons y!

Nous y allons et les hôtesses peuvent se détacher. Même la greluche. Je l'aurai bien attaché tout le reste du vol celle là!

Le reste du vol se passera normalement sauf que j'aurai un mal fou à desserrer la mâchoire et que  ça sentira si tant le pipi de chat sur moi. Roger a quand même fait un super atterrissage. Crâneur.

Et je lui ai quand même dis Merci et à la prochaine. A moins que la prochaine fois je rentre en bateau en fait...

Tu l'auras deviné je suis de retour sur le caillou.