Quand tu vis sur le caillou depuis un p'tit moment il y a des choses qui te sont devenues hyper normales.
Des petits détails de la vie quotidienne, qui peuvent paraître complètement hallucinants pour celui qui ne vit pas là.
Et c'est vrai quand on y pense, vivre à St Barth te fait faire ou dire des trucs que dans ta vie d'avant tu n'aurai même pas imaginé.

Il y a tout d'abord ta façon de t'habiller.
Quand je suis arrivée il y a 4 ans, je ne portais pas de jupe, pas de short, pas de décolleté.
Non pas par pudeur, ni par complexe... juste parce qu'être habillée en "femme" signifiait pour moi être susceptible de me faire allumer/siffler/insulter, le tout dans la même journée. 
Aujourd'hui je me trimballe à moitié à poil.
Mes robes ne sont pas plus longues que mes T-shirt, mes shorts sont de la même longueur qu'une simple culotte et mes T-shirt eux sont si fins qu'on voit toujours au travers.
Et tu crois que je me fais traiter de sale p*tasse des bananass pour autant?
Même pas. Ici tout le monde s'en fout!
Un cul reste un cul.

Bon après je dis pas, à certaines périodes de l'année j'suis un peu moins dénudée.
C'est quand le thermomètre passe en dessous de 25°.
Et dans ce cas je n'ai aucune gêne à m'exclamer: "Rah bordel ça caille! Vas y comment il fait trop froid sa grand mère!!"
Pour toi qui est en ce moment même dans la grisaille, le froid, la neige... je sais que tu dois me trouver débile, voire tu dois penser que je me la raconte... mais je te jure qu'en dessous de 25° je sors le jean's, la veste, l'echarpe... y'a plus de fesses à l'air qui tienne! C'est l'hiver ici aussi! A 25° certes mais l'hiver quand même...

Une autre phrase que je peux dire et qui, avec du recul, est complètement hallucinante:
"Ha la vache mais t'habites trop loin!!"
En vivant sur 24km² j'ai perdu toute notion de distance... ou comment aller de Gustavia à Grand Fond devient le Paris-Dakar...

En parlant de Gustavia... notre Capitale. La mégalopole en quelque sorte!!!
C'est ouf de se dire qu'on arrive à dire la "ville" en parlant de Gustavia.
En ville?? Non mais les gars y'a qu'une rue dans notre ville!

La ville justement, c'est l'endroit où toi, jeune demoiselle, tu aimes à y faire du shopping, à marcher pendant des heures dans les (en l'occurence "la") rues piétonnes...
Bon bah sache que la jeune demoiselle d'ici, son shopping, elle le fait le cul posé devant son ordi sur des sites style La Redoute, Kiabi...(ouais je sais, les sites tout cheum' mais ce sont les seuls à bien vouloir nous livrer jusqu'ici)
Parce que sinon, euh, avant de pouvoir faire du shopping en "ville", il faudrait que tu puisses dépenser l'équivalent du PNB du Bangladesh pour t'acheter ne serait-ce qu'un pauv' sac à main!
En python le sac à main, je te l'accorde.

A défaut de ne pouvoir dépenser l'argent que je n'ai pas, je préfère m'offrir un verre. Juste un p'tit verre. Le petit apéro de la sortie du boulot, histoire d'oublier que tout ce que moi je vends je ne pourrai jamais l'acheter.
Tu sais ce petit verre qui va en amener un autre, et un aut'... et hakoor uun tiii pou la rouut'!
Résultat on est lundi soir, j'suis sortie du travail à 20h, et je rentre chez moi à 4h30...et j'ai clubbé toute la nightt!
Normal! C'est toujours l'embuscade ici!
Mais c'est pas de notre faute si le rhum coûte limite moins cher qu'un coca!

Du coup, au lieu d'aller me coucher direcc, je vais aller me faire le mythique bain de minuit à Shell Beach. Histoire de décuver et rigoler surtout.
Non mais les gars, on est en plein mois de Janvier et on se baigne à minuit!! hahahaha!!!
Là j'avoue que le rhum aide à se mettre à l'eau... bah oui à minuit l'eau doit être à quoi 22°?! ("Rah la vache c'est carrément l'Océan Arctique à 22°!!")

Le problème avec ces soirées là, c'est que même si aucun de tes acolytes ne t'a géolocalisé, tu peux être sûr que la moitié de l'île saura, dès le lendemain matin, les moindres détails de cette nuit de folie...
C'est ça de vivre sur un caillou. Tout le monde sait tout, sur tout le monde...

Mais ne crois pas qu'on passe notre temps à picoler non plus... bah non hein! On mange aussi.
Et pour manger il faut faire des courses!
Haaaa les courses...au début ça fout la trouille mais après tu t'y fait.
Entre ce qui coûte le double de la métro, ce qui est déjà périmé mais qui coûte quand même le double, en passant par ce que tu ne trouveras jamais dans les rayons... il y a ces petits cadeaux de la vie.
Après plus d'un an de recherche acharnée je viens de retrouver, non sans grande émotion, des yaourts au soja nature!
Hiiiiiiiiiiii j'ai failli me péter un orgasme au rayon frais tellement la vision de ces 4 petits pots m'a remplie de joie!
Parce que je n'ai pas très bien compris pourquoi, du jour au lendemain, ils avaient disparus de la circulation.
Et là après bientôt 3 mois depuis mon retour j'étais en manque grave.
Et à moins de me prendre un billet d'avion je n'avais aucune chance de pouvoir manger mes yaourts au soja nature!!!
Et je surkiffe les yaourts au soja nature, tu l'auras compris... mais pas assez pour dépenser 800 balles pour 4 petits pots!
J'en profite, si celui ou celle qui a décidé de les recommander à Super* me lit, sache que je te bénis!

En vivant ici donc, j'ai appris un nouveau code vestimentaire, j'ai appris à boire plus (toujours avec modéra... on connaît la chanson) mais à manger ce que je trouvais.
J'ai appris à moins gaspiller mon temps parce qu'ici le soleil se couche à 18h toute l'année et à garder mon argent parce que la vie au soleil coûte un prix. 
J'ai appris à ne jamais fermer ma porte à clé, à faire du stop la nuit, à dire bonjour à tout le monde, et à ne plus être anonyme.
J'ai appris à supporter le bzzzz incessant des moustiques, et j'ai compris qu'au bout de quelques mois ils préféraient la chair fraîche à ma peau bronzée.
J'ai appris à m'épiler les guiboles toute l'année et à laisser pousser ma frange.
L'humidité étant source de pousse rapide et de frisotis. Quand je dis ça, je parle de mes poils qui poussent trop vite et de ma frange qui frisait... pas l'inverse.
J'ai appris à voir un film en plein air, sortit depuis déjà des mois en métro, et à découvrir la "chanson de l'été" qu'au mois de Décembre.
J'ai supporté l'idée de payer 1000 balles pour une chambre, et je me suis adaptée à la vie en coloc'.
J'ai compris qu'il ne fallait pas laisser de bouf dehors sans risquer de se faire envahir la cuisine par les fourmis.
Et j'ai dû faire comprendre à Dinou qu'il allait devoir partager sa gamelle avec les copains sauvages, les bernard l'hermite et les fourmis.
J'ai accepté de voir la mer tous les jours à défaut de ne voir la mienne qu'une fois par an. 
J'ai appris à dire la "métro" en parlant du pays et à dire le "caillou" en parlant d'ici.
J'ai compris que mes amis d'ici ne remplaceraient jamais ceux de là bas, mais j'ai oublié où était ici et où était là bas.

Vivre ici n'a jamais été une chance pour moi, mais un choix. J'ai eu le choix de partir mais j'ai décidé de rester.

Parce que mon quotidien est facile je le sais. Bien plus facile qu'ailleurs et ça je l'ai vite compris.
Et aujourd'hui ça m'importe peu de passer pour une dinde à moitié à poil qui se caille à 25°, qui trouve que 7kms c'est le bout du monde et qui passe plus de temps à clubber qu'à dormir...

Mais c'est vrai, qu'avec du recul, je peux dire que mon quotidien est juste complètement hallucinant!
Pourtant je sens que ce n'est qu'une phase de transit ici pour moi.
Je ne suis pas d'ici et ne resterai pas là.
Parce qu'au final le quotidien reste le quotidien et qu'à un moment donné l'envie de bouger va repointer le bout de son nez... en attendant je prends tout ce que le caillou a encore à m'offrir...

J'ai dû oublié un tas d'autres petites remarques, d'autres petites choses qui auraient pu te faire sourire... mais je ne vais quand même pas te raconter toute ma vie nan?
Si?