Quand tu vis ici et que tu n'as pas la chance de pouvoir partir régulièrement (je sais pas toi mais moi, après 3 mois sur le caillou j'ai toujours une envie folle de me tirer loin loin loin...d'ailleurs ça fait déjà 2 mois que je suis partie en Afrique... suspense) il y a un remède à la monotonie (ok on vit au paradis mais la terre regorge de mille paradis) c'est de recevoir des amis ou de la famille.

Pour toi qui me "follow on Facebook" (vivre ici c'est aussi mélanger le français et l'english dans une même phrase sans que personne ne se foute de ta gueule de totally bilingual... perso j'ai jamais compris les gens qui faisaient ça...)
Anyway, tu sais que ma 'tite mère est venue passer quelques jours sur le caillou.

Et avoir ma 'tite mère sur le caillou c'était juste trop beau!
 
Ça va faire 5 ans qu'elle s'imaginait mon quotidien au travers de mes blablas, de mes photos.
5 ans qu'elle entendait parler de la Tourmente, de Camaruche, de Shell Beach...
De mes Noëls entre amis, de mes 31 Décembre sur le sable, du Carnaval, de mes anniversaires loin d'elle.
5 ans qu'elle entendait des prénoms, qu'elle voyait des têtes qui passaient devant la webcam, qui faisaient des "coucou!!".
5 hivers dans la grisaille, loin de la prunelle d'un de ses yeux (l'autre prunelle de son deuxième oeil étant mon frangin resté au pays).

Et forcément avoir ma 'tite mère sur le caillou m'a fait redécouvrir l'île au travers de ses yeux, ses yeux qui n'ont jamais autant brillé.
J'ai eu envie qu'elle voit tout de ma vie, qu'elle comprenne surtout pourquoi j'avais décidé de partir si loin et pourquoi chaque années je lui répète que ma vie n'est plus en métropole, du moins pas pour l'instant.

J'aurais pu faire style que ma vie n'était que nature, détente, plage et sable fin... mais en ce moment ma vie c'est plutôt du grand n'importe quoi.
Enfin quand je dis du "grand n'importe quoi" ne va pas t'imaginer des horreurs.
N'oublie pas que je vis au pays des bisounours moi. Donc quand je dis du "grand n'importe quoi" je dis juste que je cours dans tous les sens, je n'ai pas une minute à moi, je suis toujours dehors, j'ai perdu toute notion de ménage et d'alimentation équilibrée, je passe plus de temps à danser qu'à dormir et forcément je ne peux passer devant le Select sans m'arrêter pour un 'ti canon.
Je crois que je suis en train de faire une 2ème crise d'ado, (mouais... la crise de la trentaine plutôt, mais je t'en parlerai peut être plus tard...).
Donc quand ma 'tite mère est venue bah je l'ai embarqué dans mon quotidien.

Ca commence avec une marche à Grand Fond (non parce que faire la fête c'est bien beau mais faudrait pas non plus devenir une grosse patate) puis le 'ti dej en terrasse, la douche et zou au turbin.
Bon là, elle, elle allait à la plage, ou elle se reposait à la case.
Une fois sortie du travail on allait au mythique Sunset à Shell avec les potos (et l'apéro) pour continuer au Select, parce que l'apéro toujours.
Et c'est là où j'ai dû dire Stop!
Non parce qu'après 2 planteurs bah ma 'tite mère voulait grimper sur Moby et aller au Yacht!
J'avoue que m'entendre dire "Non Mam' tu sortiras pas en boite ce soir" m'a fait complètement halluciner.
C'est elle qui me répétait ça quand j'avais 15ans.
Sauf que moi j'arrivais toujours à trouver un copain (un vieux de 18ans qui avait son permis) pour m'amener, quand ce n'était pas elle qui cédait et qui se tapait les 30kms sur route de campagne en pleine nuit.
C'est vrai que j'aurais pu l'amener au Yacht mais il était à peine 21heures à la fin de son 2ème planteur...
(Mam' je sais que tu me lis... ne t'inquiète pas on s'est tous fait avoir par le planteur... on a toujours tendance à oublier que c'est trompeur...)

On a continué le séjour avec les piscines naturelles, le lagon, le phare, la virée en ville, les tours de l'île la musique à fond et les fenêtres grandes ouvertes... et les copains toujours.
Les copains qui étaient fiers de montrer à ma 'tite mère que je suis bien entourée, qu'on s'aime comme la famille et qu'on ne se quitte jamais.
Et je pense qu'au delà la beauté de l'île c'est ce dont ma mère avait besoin de savoir. Que je ne suis pas seule. Qu'il ne peut rien m'arriver, qu'on s'occupe de moi, qu'on m'aime.
Parce que j'imagine que ça doit être angoissant de voir sa fille partir, partir seule cette fois ci.
Elle a vite vu qu'ici je ne craignais rien.
Elle a quand même été assez flippée de me voir me préparer le matin:
"Ma chérie tu vas où habillée comme ça???
_ Bah je vais au taf' mam', c'est mes robes de boulot, c'est mon uniforme quoi!
_ Mais t'es au courant qu'on voit tes fesses?
_ Bah oui!
_ Ha d'accord, bon bah bonne journée..."

L'avoir avec moi ici m'a aussi montré à quel point j'avais besoin d'elle. C'était doux de faire croire que j'avais toujours 5 ans.
J'ai eu droit à ses gros bisous du matin avant qu'elle me fasse mes tartines grillées au beurre salé pendant que je me frottais le nez avec mon doudou, sa ratatouille (la meilleure du monde entier, même avec des légumes qui n'ont pas de goûts). J'ai eu droit à la soirée crêpes (les meilleures du monde entier of course). J'ai eu le dernier bisou du soir, tous les soirs. Et le "bonne nuit ma chérie à demain".
C'était doux de dire à demain...

Jusqu'au jour où le "demain" est devenu le jour du départ.
Sauf que d'habitude c'est moi qui pars.
Et j'aime pas.
J'aime pas lui dire au revoir et la laisser sur le quai.
J'aime pas qu'elle rentre seule et qu'elle retrouve la maison vide avec les souvenirs du bordel que j'ai mis dedans.
Alors je lui laisse toujours un 'ti mot caché quelque part... un dernier 'ti bout de moi.

Là c'est moi qui suis restée sur le quai, moi qui suis rentrée dans la maison vide avec son odeur partout...
Et c'est moi qui ai trouvé un dernier 'ti bout d'elle caché sous mon oreiller...

Heureusement les copains sont là.

A bientôt Mam'...