Il est là...
Tellement là, te disais-je...

A cet instant j'oublie tout.
J'oublie ces 2 longs mois d'attente, j'oublie le décalage horaire, j'oublie ces 48h de voyage à travers le monde. J'oublie d'où je viens, j'oublie où je suis.
Je bloque ma respiration et j'accueille la vague.
Cette vague d'euphorie, d'amour, de bonheur.
J'suis secouée de la tête au pieds. J'ai à peine le temps de remonter à la surface pour respirer, je bois la tasse. Je me noie. Je me noie dans ses bras.
Je ne sais pas si tu as déjà ressenti ça, mais il y a des fois où tu es tellement submergé de joie que tu te dis que même si tu mourrais demain, ça ne ferait rien.
Bon, dans l'idée si la Faucheuse pouvait attendre le plus longtemps possible pour venir me chopper ça m'arrangerait, mais oui je crois que je pourrais mourir demain.
Mais t'inquiète hein, il n'est pas question de mourir mais bel et bien de vivre.
Vivre cette aventure en savourant chaque minute, chaque seconde.
Et l'aventure commence avec l'arrivée à bord.

Il y a un an, je découvrais ce si beau bateau en Afrique du Sud, aujourd'hui je le retrouve en Thaïlande et encore une fois je m'y sens de suite comme à la maison.

 

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Allez Captain', c'est bon, j'suis prête! Je sens même pas les 11h de jetlag! J'suis hyper en forme de ouf malade!
Allez Captain' Hissez haut les Santianos!! Souqueeez les artimuses!!!
On prend la mer hein dis Captain? On ripe? Hein dis? On y va sur les flots??? Heiiiiin??!

Pour le moment on y va nulle part, parce que le Captain il est pas libre comme l'air...
Le Captain il doit travailler. Non parce que tu crois que le man il se la coule douce les dread's au vent??!
Bah non hein.
Déjà il doit réparer Dinghy.
Celle là c'est pas encore ma copine, je l'ai jamais conduit parce qu'elle est siiiii grosse cette Dinghy là. Je tente de l'approcher en douceur et je me dis qu'avec le temps on va bien finir par devenir copine.
Ensuite il doit poncer des trucs, frotter d'autres, et puis traiter des machins et organiser des choses et même qu'aussi il doit remplir des bidules et en vider d'autres et puis aussi...
Oui bon d'accord, il doit travailler.
C'est pour ça que je vais devoir m'occuper. De toute façon moi aussi j'ai des trucs à faire. Genre.
Moi je dois écrire.
Sauf que pour écrire il faut être disponible. Il faut réussir à ne pas focaliser sur une seule chose. Il faut être ouvert à l'idée. Partout. Tout le temps.
Et là, t'imagine bien que je focalise à mort... Je vais donc avoir un peu de mal à écrire.

Dans ma tête ça ne fait que tourner en boucle "Hey j'suis à Phuket! Hey j'suis avec mon Captain'! Hey j'suis la plus si heureuse de la terre et des mers! Hey j'suis à Phuket! Hey j'suis avec mon Captain'... Haaaaaaaaaaa".
J'ai toujours pas récupéré mon cerveau en fait.

Alors je tâche de m'imprégner des lieux.

 

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La Marina.
Des bateaux, des pontons, de l'eau, des marins, et des histoires du bout du monde au bistrot.
Mais, QUE des histoires de bateaux, de pontons, d'eau et de marins...
Hey attendez les gars, moi aussi j'suis un p'tit mouss et même que j'ai fait le tour du monde des Antilles à la voile, moi aussi j'ai des histoires de bateaux à raconter hein...
Sauf que mes histoires c'est un peu du pipi de poisson-chat comparé aux leurs. Alors des fois j'ai pas grand chose à raconter.
Et c'est là où j'ai l'impression de me transformer en potiche du Juste Prix.
Tu te souviens de ces dindes qui ne faisaient que sourire à la caméra? Elles étaient plantées au milieu du décor et elles souriaient.
Bon bah moi je fais pareil.
Oulala qu'est ce que je souris.
Au moins, si les marins me prennent pour une tarte, ils se souviendront de mon joli sourire.
Y'a même une soirée, j'ai compté. J'ai pas décroché un mot pendant 54 minutes.
Au bout de 54 minutes j'ai ajouté à mon sourire un rire, histoire qu'ils ne pensent pas que je suis muette.
J'ai ri alors qu'en fait j'avais envie d'hurler: "Alors bah moi je m'appelle Soïzik et même que je suis Clown. J'ai pas l'air comme ça, mais j'suis hyper drôle quand je veux. Alors j'habite à St Barth et puis St Barth c'est comment? Bah c'est joli. Et comment je vais? Bah bien, je vais bien merci. Est ce que je passe une bonne soirée? Super! Je passe une super bonne soirée. La meilleure soirée de ma vie"

Non mais les gars... faudrait peut être penser à regarder un peu plus loin que le bout de votre quai!
J'sais pas on pourrait parler euh... de la vie. De la reproduction des loutres? De la politique du Swaziland? Ou euh... du réchauffement climatique? Ou...
Enfin j'sais pas M"*^°!!
Bon, bah j'ai pas eu besoin d'hurler. Le Captain' a capté que je ne passais pas forcément un bon moment et il a réussi par je ne sais quel stratagème à changer de sujet. Et tout naturellement j'ai pu à nouveau parler, et même que j'ai pu les faire marrer les marins.

Du coup, le lendemain on part à la découverte de Phuket, parce que quand même Haaaa jsuis à Phukeeeeet!
Il y a quelques années j'étais déjà venue, mais en mode sac à dos et j'étais restée que 2 jours, autant dire que je n'avais absolument rien vu.
Là, on se fait la balade touristique en bagnole.
Alors déjà ici on roule à gauche. 
Mais des fois on roule à droite.
On roule où on peut en fait.
Et surtout on essaye de ne pas rouler sur un gamin, sur un chien ou encore sur une mobylette qui transporte une famille de 5 personnes!!
Moi qui trouvait qu'à St Barth on conduisait mal... j'avais oublié comment ça se passait en Asie.

La balade nous amène à Naithon.
Mais j'ai plutôt l'impression qu'on est à Karatchaïévo-Tcherkessie Les Bains.
On est entouré de Russes. Partout.
Partout des Madames Russes avec des coupes de cheveux improbables (rasée sur le dessus et long sur les côtés) avec du maquillage au crayon (même les sourcils. Surtout les sourcils.) et des Monsieurs Russes avec des gros bidons tout blancs qui débordent de chemises à fleurs trop petites et de claquettes-chaussettes.
En fait les Russes, bah c'est un peu des Français des années 80. Des Playmobils des années 80 même.
Une fois cette grande étude socio-vestimentaire faite je peux me consacrer à la culture Thaï.
La Vraie.
Du moins à celle qu'ils veulent bien nous montrer.
Culture qui se résume à de tonitruants "Masssssssaaaage!", à des caisses de Léo et Singha (bières locales) à des padthaï (nouilles chinoises, légumes, cacahuètes au cas où tu ne connaîtrais pas) et à de la musique éléctro...
Fort intéressant Naithon. Heureusement que la plage est belle.

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Mais allez, je ne vais pas me plaindre parce que ce jour là j'ai fait une grande découverte.
J'ai découvert que le sable pouvait couiner. C'est assez étrange.
Quand tu marches dans le sable ça fait des "couïn-coïn-couïn".
Et me demande pas pourquoi, je viens de passer 30 minutes sur le net à chercher l'explication... pas trouvée.
Par contre le fait d'avoir fait cette découverte me fait focaliser sur mes pieds.
Mon cerveau qui enregistre depuis le début de la journée le tonitruant "Masssaaage!" fait le rapprochement en 1/4 de seconde...
Et 5 minutes plus tard je suis dans un salon de massage à me faire papouiller les pieds.

Enfin les papouilles c'est ce que je pensais que j'aurais.
Non parce qu'en fait la p'tite Thaï elle est à la limite de me péter un orteil et de me transpercer la voûte plantaire avec un bâton plutôt que de me papouiller. Mais paraît que ça fait du bien.
Effectivement elle doit être douée en réflexologie plantaire puisque je sens chacun de mes organes.
Si si j'te jure. Je sens mes reins et mon estomac et mon foi aussi.
Je sens tout.
Ça fait un barouf là dedans... J'espère qu'elle va pas mettre le bordel dans mes énergies ni dans mes chakras, mais elle doit vraiment savoir ce qu'elle fait puisque je me sens détendue. si détendue... Et oui ça fait du bien.

Tellement du bien que là tout de suite j'en ai assez de Naithon et de ses bords de plage à bouiboui à touristes, j'veux rentrer à bord.
On est bien à bord.
C'est ça qui est bon avec le voyage en bateau, tu peux être chez toi, dans tes affaires, dans tes odeurs tout en découvrant une nouvelle culture. Bien plus reposant que le voyage sac à dos.
Il y a quelques années j'avalais des kilomètres et des kilomètres sous un soleil de plomb, avec un seul tout petit grain de riz dans le bide.
A ne pas savoir où j'allais, où je dormirai... ne quittant que très peu la route.
Toujours en mouvement.
En recherche.
A la recherche de qui j'étais, de celle que j'avais été et à la recherche de celle que je deviendrai. 
Comme une fuite au final...
C'était rude le sac à dos, j'ai pleuré plus d'une fois de fatigue physique et moral mais ça reste une expérience que je n'oublierai jamais.
Aujourd'hui je n'ai plus rien à fuir et c'est peut être sur ces mêmes routes que j'ai fini par me trouver justement.
La boucle est bouclée... 

Ha bordel!!! Mais qu'est ce qui me prend avec mes réflexions intérieures?? Ha mais j'suis sûre que c'est la ptite Thaï là avec sa réflexologie plantaire!! Elle a brassé des trucs! Je le savais!!

Une petite auscultation interne et je me rends compte que tout va bien. Je vais bien.
Ho oui ce que je vais bien!

Hey j'suis à Phuket! Hey j'suis avec mon Captain'! Hey j'suis la plus si heureuse de la terre et des mers! Hey j'suis à Phuket! Hey j'suis avec mon Captain'... Haaaaaaaaaaa!
Ça y est ça recommence à tourner en boucle là haut...

Dis mon Captain tu veux bien me ramener à bord?
J'crois bien qu'il faut que j'dorme...

(A suivre...)