Jusqu'ici ça allait. Hormis les petits désagréments du chantier qu'est la grossesse, avec le Poisson Clown on s'en sortait pas trop mal.
Oui il y a eu les sautes d'humeurs, les nausées, les envies, les mains indélicates sur mon ventre, les jambes lourdes, l'excès de salive, les pipis incessants, la peau qui tire... (à lire ici)
Oui il y a eu les remises en question, les doutes, les questions, la trouille.
Mais jusqu'ici ça allait quand même.
Et puis il y a eu les démangeaisons.
La paume des mains et la plante des pieds en feu, à m'arracher la peau.
N'étant pas une fan des forums garnis d'analphabètes, et encore moins des sites où chaque internaute se prend pour un Docteur ès médecine, je n'ai pas eu envie de me faire peur en "googlant" mes symptômes.
Les démangeaisons devenant de plus en plus insupportables j'ai flanché, et j'ai "googlé" : "Démangeaisons et grossesse" à la recherche d'un bon vieux remède de Grand-Mère 2.0.
Le verdict est sans appel: cholestase gravidique.

Kézako?
Une maladie rare (1 cas sur 1000) du foie qui ne fait plus son travail et qui apparaît en fin de grossesse. Sans un suivi et une prise en charge, soit un déclenchement prématuré, c'est la mort in-utéro pour bébé. (Ha carrément??)
Symptômes: démangeaisons paumes des mains, plantes des pieds. Urine foncée. Fond de l'oeil jaune.

Sans forcément aller dans la parano, je trouve judicieux de faire un bilan sanguin pour écarter cette éventualité.
Les résultats tombent.
Je ne suis pas médecin mais je sais encore lire et je vois bien que mon bilan est soit trop élevé, ou trop faible selon les "normes".
C'est alors que je demande à la spécialiste, c'est à dire la personne qui m'a prescrit le bilan, ce qu'elle en pense.
Notons que c'est moi qui demande... cette personne ne s'étant pas donné la peine de me contacter.

"Oui effectivement vos résultats ne sont pas bons, oui effectivement vos transaminases sont bien trop nombreuses, d'où une petite souffrance de votre foie, mais non, non vous n'avez pas de cholestase gravidique. Mettez de la crème hydratante, vos démangeaisons vont se calmer".

Je le répète, je ne suis pas médecin, alors je fais confiance.
Ouf, on peut respirer et continuer le chantier en toute quiétude.

Le chantier se continue donc avec mon 1er cours de préparation à l'accouchement. Le Poisson Clown arrive dans 2 mois, il est temps que je sache, même si j'ai l'impression de déjà savoir pas mal de choses. Mais je pense que le soutien d'une siouper sage-femme ne sera pas du luxe.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, on raconte notre état présent.

Soïzik, 31 ans, 1er bébé, 32 SA, grossesse "normale". Hormis les petits désagréments tout va bien. Sauf, oui sauf que j'ai des démangeaisons de barge dans la paume des mains et la plante des pieds. Mais ça va, je n'ai pas la cholestase, mais oui mon foie a l'air de ramer un peu... mais pas de panique, ma Doc' m'a dit de mettre de la crème hydratante, ça va passer.

Et c'est là où je vois les yeux de la siouper sage-femme devenir ronds. Ronds ronds ronds. Si ronds.
_ As tu fait un bilan hépatique? Tes résultats? As tu tes résultats?
_ Non mais c'est pas grave, c'est juste les transaminases trop élevées. J'ai pas la cholestase elle m'a dit.
_ Envoie moi tes résultats. Vraiment.

Après avoir parlé de dilatation, de col, de bassin, d'ouverture, de contractions, de respiration, je continue ma journée comme au paradis. Resto au bord de l'eau, plage sauvage, coucher de soleil à bord de notre caravane des mers.
Huuuum c'est si bon.
Tellement bon que j'en ai oublié les démangeaisons. Et puis la siouper sage-femme ne m'a pas recontacté suite à mon bilan sanguin, c'est bien que je n'ai rien.
Qu'il est bon de se faire bercer par les flots, de voir l'amour dans les yeux de mon Captain et de s'imaginer dans 2 mois, avec notre Poisson Clown dans les bras.
Notre rêverie est interrompue par la sonnerie stridente de mon téléphone.

En quelques secondes je redescends sur terre et très vite j'ai la sensation d'être engloutie par la mer.

Je ne vais pas te faire la conversation, mais tu l'auras deviné, j'ai la cholestase gravidique.
Ce seul et unique cas sur 1000, c'est nous, c'est moi.
C'est à ce moment là où on réalise que le léger, le bonheur et la quiétude c'est terminé. A ce moment là on sait qu'on rentre dans la grossesse pathologique, le médical, la haute surveillance, un peu loin du remède magique de la "crème hydratante" prescrit par ma Doc.
C'est sûr, avec de la crème ça aurait pu passer, mais ça n'aurait pas sauvé mon Poisson Clown de la noyade!

L'erreur est humaine dit-on, dans mon cas l'erreur aurait été mortelle.

Je décide donc de me rapprocher au plus vite de l'Hôpital pour être conseillée, rassurée, guidée...

Le Festival du Grand N'imp continue!

Il est difficile pour moi de te raconter ça, parce qu'ici c'est tout petit et dénoncer et accuser ouvertement n'est pas ce que je préfère.
Mais aujourd'hui, 10 jours après l'annonce, passée la peur, c'est la colère qui prend la place.
Parce que j'ai dû subir certaines incompétences de certains, des propos déplacés d'autres, et le pire... le pire c'est que c'est moi qui ai demandé à être évacuée à St Martin.
Quand on sait qu'en cas de cholestase gravidique il n'y a que 2 issues: un déclenchement prématuré ou la mort in-utéro, je me demande ce qu'"ils" attendaient.

Après 2 jours de questionnement, 2 jours à attendre les médicaments prescrits par St Martin que je n'ai jamais eu... après 10 monitoring, 3 analyses de sang, 20 d'urine,après 2 jours à avoir secoué bébé dans tous les sens, je décide de prendre les devants.
Suffit les conneries!
Concrètement si on doit sortir le Poisson Clown de toute urgence comment ça se passe là les gars??
Rien!
Il ne se passera rien, parce que personne ne pourra rien faire pour nous. Personne ne pourra le sortir en urgence! Alors STOP! Évacuez nous à St Martin.

"Non mais c'est vrai, vous avez raison... on ne pourra rien faire. Et puis vous seriez ma femme ou ma soeur, je vous aurai dis de vous rendre à St Martin..." ose me répondre le Doc.

Alors quoi?? Pourquoi on ne m'a pas transféré de suite? J'ai du mal à comprendre.

Arrivés à St Martin, je sens que tout le monde nous attend depuis longtemps et que mon dossier est déjà connu par toutes et tous.
Je comprends que c'est grave, que ça aurait pu être fatal mais je me sens rassurée. Je sais désormais que rien ne pourra nous arriver, qu'ici "ils" pourront faire face à l'urgence.

Aujourd'hui ça fait 10 jours que je suis à St Martin, en suspense, aussi surveillée que la Reine d'Angleterre. On continue d'analyser mon sang, mes urines, on observe à la loupe les battements du coeur de bébé. Je dois compter ses mouvements tous les jours. Et surtout je dois être à l'écoute.
C'est ça être mère? Savoir et sentir avant tout le monde. Se laisser guider par l'instinct. Avoir confiance en soi et en personne d'autre.
Je sais qu'on va me déclencher, au moment où on jugera que, même en avance, notre vaillant moussaillon sera mieux dehors que dedans.
Chaque jour de passé est un jour de gagné.

Alors oui, c'est loin de ce que j'avais rêvé pour la fin du chantier. Loin de la magie, loin de la légèreté.
Mais c'est une tempête, ce n'est rien qu'une tempête, pas la première et ça ne sera pas la dernière.
On garde notre sang froid et on se laisse porter par les vents.
Peu importe le cap, l'important est d'atteindre la côte.

 

vue hopitalLa vue de l'hopital de St Barth VS la vue de l'hopital de St Martin
C'est sûr, on ne peut pas tout avoir...
La belle vue et l'équipe médicale compétente.