1 an...
La première année, et la plus difficile.
Il paraît qu'il faut du temps pour que chacun trouve sa place, qu'on se réapprivoise, qu'on se découvre à 3.
Mais comment se découvrir à 3, quand soi-même on ne se connaît pas?
Avant, j'étais moi et j'étais lui.
J'étais celle qu'il aimait, j'étais comme il voulait que je sois.
Faire plaisir. Dire oui.
Foncer pour l'aventure. Y croire.
Donner mes tripes et mon coeur.
Sois docile, sois fragile, sois gentille. Ne bronche pas et souris.

"Pourtant elle est forte, pourtant elle a du caractère...
_ Oui mais elle aime, et quand elle aime elle s'oublie."

Je l'aimais tellement.

Je l'aimais tellement que mon ventre s'est arrondi.

Et plus le ventre s'est arrondi et plus les coeurs se sont éloignés. J'étais de moins en moins lui pour me découvrir moi. 
Le coeur ne battait plus comme avant.
Ne plus rien comprendre. Voir ce ventre qui se remplit et se sentir vide.
Vide d'amour. Vide de mots. Vide.

"Ils devraient pourtant être... heureux?"

Être heureux? Amoureux? Être quoi? Être qui?
On ne nous dit pas comment on devrait être. Alors on n'est plus rien. On attend.
On attend différemment.

"Ça vous rapprochera ou ça vous détruira... 
_ De l'amour à la haine il n'y a qu'un pas..."
Autant de phrases toutes faîtes qui rassurent.
Ou pas.

Les mois passent, la brèche se creuse et le ventre donne la vie.

On aurait dû...
On aurait pu...
Mais on fait comme on peu en essayant d'y croire. Croire à cette mascarade qu'on se donne à jouer. Je joue a être parfaite, il joue à être heureux.

Et le jeu est trop dur, la bataille l'emporte. Baisser les bras et lever la voix. 
Crier. Pleurer.
Crier parce que se taire est devenu impossible. 
Accoucher. Encore.
Accoucher de ce qui ronge, ce qui tue, de ce qui fait mal.

Je n'avais pas pleuré en donnant la vie. J'aurais peut être dû.
Mais trop sonnée, trop occupée à vivre. Vivre cet instant et se voir le vivre, comme dédoublée.
Je l'ai vécu et je ne l'ai pas vu. Lui.
Pas une main, pas un regard. Rien. Je ne l'ai plus vu.
La douleur et la peur m'ont éloignées de lui. Je ne m'en veux pas.

Impossible de devenir 3.
Il y a lui, il y a moi.
Et nous. 
Ce tout petit nous qui n'est rien sans moi. Ce tout petit nous qui a tant besoin de moi. Et moi qui aurais eu besoin de lui...

De l'amour à la haine on franchit le pas.
Je le déteste à la folie. Il me hait passionnément.
On se noie dans l'intensité, on se perd.

Je nous quitte.

Se quitter pour oublier.

3...2...1

A la folie? Pas du tout.