Ce matin je n'ai pas voulu réfléchir. Pas voulu me demander si c'était la solution. Si c'était ma décision ou si c'était ce qu'il fallait. Ce qu'elle devait.
Je n'ai pas voulu réfléchir et ça tombait plutôt bien je n'avais pas le temps. 
Ce matin j'ai laissé L'Enfant Chérie pour la première fois dans cette salle de classe. Au milieu d'une vingtaine d'enfants. 
Qui ne la connaissent pas. Qu'elle ne connaît pas. 
Seule. 
Emmitouflée dans ses gilets elle n'a pas voulu me lâcher.
Elle ne voulait pas.
Pas rester là.
Alors oui. Non.
Non ce matin je n'ai pas voulu réfléchir. Je lui ai dit que j'allais revenir. Je lui ai fait des bisous par milliers. Je lui ai dit que ça allait être super. Que si elle ne voulait pas elle n'y retournerait pas. Mais qu'on allait essayer.
Des bisous je t'aime. Des à tout à l'heure mon coeur.
Je l'ai laissé. 
Je ne me suis pas retournée et j'ai imploré à mes entrailles de ne pas trop me chahuter. Je ne me suis pas retournée et je ne l'ai pas entendu.
Non. 
Non elle n'a pas pleuré.
Je l'ai imaginé se fermer.
Je ne me suis pas retournée mais je savais.
Je savais qu'elle allait prendre sur elle. Accepter. 
Se blinder de ce qui la caractérise depuis déjà bien longtemps du haut de ses même pas 3 ans.
Elle n'allait pas pleurer. 
Je savais qu'elle allait se mettre en veille. 
Elle sait s'auto planter le cerveau.
Qu'on ne la touche pas. 
Qu'on n'attende rien d'elle. 
Qu'on ne lui parle pas. Juste qu'on la laisse. Qu'on la laisse observer et s'adapter.
Ce matin je l'ai laissé, je ne me suis pas retournée mais je sais qu'elle s'est fermée.
Quelques minutes. Peut être plus. Je préfère ne pas le savoir.
Ce matin je n'ai pas voulu réfléchir. J'ai préféré, comme elle, m'auto planter le cerveau.